Article paru dans le "Courrier des Cadres" n° 1573 du 3 mars 2005 sous la plume de François Picard. DE NOUVEAUX STAGES POUR LES LOGISTICIENS Rationalisation de l'organisation interne d'un côté, internationalisation des échanges de l'autre... Les évolutions de la logistique poussent les supply chain managers à retourner sur les bancs de l'école. "Il y a encore quelques années, il fallait convaincre ses clients ! Aujourd'hui, tout le monde veut s'y mettre", sourit Norbert Lescure, directeur de Reoss, un nouvel organisme qui vient de se lancer sur un créneau très pointu des formations logistique, le lean manufacturing (technologie des flux tendus). Le secteur de la logistique (supply chain management) est visiblement porteur si on se fie à la liste, toujours plus longue, des programmes proposés aux candidats : l'université (Paris I), les écoles de commerce (Bordeaux Ecole de management et son prestigieux Institut supérieur de logistique industrielle, Essec, HEC...), premières à poser des jalons, ont depuis été rattrapées par de nombreuses écoles spécialisées (Ecole supérieure de logistique industrielle de Redon, Institut supérieur d'études logistiques au Havre, etc.). Côté formations courtes, les organismes traditionnels comme la Cegos ou Demos, occupent eux aussi le terrain. International. Première raison de cet engouement : les besoins des entreprises dans le secteur de la logistique externe, qui régit les flux d'une entreprise avec ses fournisseurs et ses clients. La Cegos a ainsi réalisé une augmentation de 12% des demandes de ses clients en un an dans cette seule spécialité. Il faut dire que les relations clients-fournisseurs ont été profondément chamboulées ces dernières années. De plus en plus, les entreprises se retrouvent avec, en amont, des fournisseurs qui ne sont plus forcément dans l'Hexagone mais en Roumanie, en Ukraine, voire en Chine ou en Argentine. En aval, leurs clients sont tout aussi lointains : "En 1987, seulement 24% des ventes se faisaient hors de France, contre 44% aujourd'hui", note Danièle Fromentin, formateur chez Demos et membre de l'Aslog (Association française pour la logistique). Adaptation. Les responsables logistique externe voient donc leur fonction se complexifier et monter en puissance. Du coup, ils ont de nouveaux besoins de formation : "En quelques années, à la demande de nos stagiaires, notre module "approvisionneur confirmé" a pris une vraie orientation internationale, explique Raymond Schivre, responsable pédagogique et technique des formations logistique à la Cegos. A présent, le responsable de la logistique externe doit savoir gérer des plates-formes de stockage plus nombreuses, des contraintes de transport plus complexes, prendre en compte l'état des infrastructures routières, les contraintes de douanes ou les législations internationales." Si les formations logistique s'intéressent davantage aux problématiques internationales, les formations pour profils internationaux se penchent aussi sur la logistique. Cette année, l'ISC (Institut supérieur du commerce) vient de rebaptiser "supply chain manager" son troisième cycle anciennement nommé "logistique-marketing-distribution". "C'est le principe des vases communicants, explique son responsable Jacques Pons. Le marketing a moins d'importance quand la part des ventes hors Union européenne augmente. A contrario, cela fait plusieurs années que la dimension logistique ne cesse de prendre de l'ampleur." Boule de neige. Les entreprises qui exportent ne sont d'ailleurs pas les seules à envoyer leurs cadres sur les bancs de l'école. Les grosses PME fournissant la grande distribution y contribuent largement. Les Leclerc, Carrefour, Décathlon ou Porcelanosa (porcelaine) exigent de leurs fournisseurs des procédures logistiques de plus en plus précises, tout comme Renault ou Peugeot il y a une dizaine d'années. Du coup, "les PME qui les livrent embauchent enfin des responsables logistique", explique François Schaal, professeur à l'Iserpa (Institut supérieur d'enseignement et de recherche en production automatisée). Mais comment se pencher sur les flux vers le client sans s'intéresser à ceux en provenance du fournisseur ? Bien souvent, la rigueur logistique descend encore d'un échelon, comme chez Salomon, fournisseur de Décathlon en articles de glisse, qui renforce le cahier des charges de ses fournisseurs depuis quelques années. Cet effet boule de neige profite aux organismes de formation. D'atant plus que ces directeurs de la logistique externe finissent par se pencher aussi sur les flux à l'intérieur même de leur PME et donc à se former à la logistique de production. Jadis réservé aux grands groupes, le "supply chain management", cette imbrication entre les logistiques interne et externe, se généralise peu à peu. L'Institut universitaire de technologie de Cergy-Pontoise, après avoir multiplié les cours communs entre ses départements Organisation et génie de la production et Gestion, logistique et transports, vient de céer un pôle de compétences en logistique globale, qui les réunit à Argenteuil. Productivité. Si les PME étoffent leur savoir-faire dans la logistique de production, les grands groupes, eux, s'y lancent à nouveau ! A force de vouloir améliorer sans cesse leurs outils logistiques, ils ont fini, avec les années, par multiplier les couches de logiciels, rendant souvent leur organisation complexe et coûteuse. Ils prennent soin aujourd'hui de réparer ces excès : "Depuis deux ans, la notion de coût logistique apparaît dans nombre de modules. Jusque-là, nos stagiaires estimaient que c'était le travail des responsables financiers", explique Raymond Schivre, de la Cegos. Même discours chez Demos où les stages "Développer l'excellence logistique de l'entreprise" ou "Accroître la productivité des opérations logistiques" rencontrent un réel succès. "Une fois leur audit réalisé, les entreprises se tournent vers des formations plus classiques qui permettent une amélioration précise de tel ou tel point de la chaîne logistique : gestion des stocks, des approvisionnements, etc.", ajoute Daniel Fromentin, responsable du département logistique chez Demos. plus de quinze ans de succès, pas si mal pour un secteur que certains qualifiaient de "simple feu de paille". François Picard |